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I'm flying toward the moon

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Dimanche (15/01/06)

Parmi les fous : Chapitre 16 : Aujourd'hui

La ville avait l’air sinistre, une vague d’immondices avait envahit la ville, causée par un débordement des égouts de Fafys. De nombreux cadavres gisaient sur le sol, la peau rendue friable par l’humidité, une odeur épouvantable s’échappant de leurs corps. Les corbeaux même les méprisaient, laissant les morts pourrir sur place, personne pour les enterrer, pour leur offrir un semblant de dignité.

Lily errait dans les rues tristes et désolées, le regard allant d’un horreur à une autre plus terrible encore. Une vieille femme était accroupie sur le sol, l’air accablé, un vieux chiffon lui barrant le visage, en guise de bandage. Sa joue saignait, un mince filet de sang coulait le long de sa figure, perlant sur son menton, puis tombant sur ses genoux sans un bruit. La petite fille s’approcha et s’assit à ses côtés.

Elles restèrent ainsi un long moment sans rien dire, le souffle rauque de la vieille troublant régulièrement le silence. Un homme passa rapidement dans la rue, Lily crut reconnaître un des acolytes d’Errian. Elle le suivit du regard avec un mélange de curiosité et de crainte, il y avait quelque chose de sauvage dans son regard, une parcelle d’incontrôlable, d’imprévisible. Elle avait l’impression qu’il pouvait à tout moment et sans raison aucune se saisir du poignard à ses côtés et l’attaquer avec un rugissement terrifiant. Pourtant il ne se passa rien de tel, l’homme continua son chemin sans prendre gare aux deux compagnes.

La petite fille s’en voulut d’avoir été méfiante, animée d’un étrange besoin de parler, elle fit :

"  Aleist a sauté. Je ne sais pas s’il a vu le vide ou s’il a sauté en sachant ce qu’il y avait en bas. Je ne sais pas s’il a eu raison. Mais je ne l’ai pas suivi. Je pensais… je pensais qu’ici ils étaient tous des monstres, pourtant je n’en ai vu aucun. Alors pourquoi sont-ils ici ? On m’avait dit que ce monde était réservé aux criminels et aux fous, mais il n’y en a pas ici. J’ai cru que je pourrai rendre ce monde meilleur, qu’un jour nous pourrions tous nous en aller. Mais… Pourquoi a-t-il sauté ?… Il cherchait une autre vie, plus belle et moins amère, pourquoi doivent-ils tous mourir pour avoir le droit à un avenir différent ? Je croyais trouver les réponses et résoudre les problèmes, je croyais que nous partirions tous d’ici… je me suis trompée. Je suis désolée. "

Sa voix se brisa et elle se tut. Elle se tourna vers la vieille femme. Des larmes coulaient le long de son visage triste et ridé, se mêlant à son sang. Elle esquissa un sourire puis se releva. Tendant la main à Lily elle regarda avec attention le décor autour d’elle. Sa figure se voila de chagrin et elle murmura :

"  Les étoiles s’éteignent ici bas, alors… "

Elle ne poursuivit pas. Elle retira brusquement son bras hors de portée et partit d’un pas pressé, silhouette tourmentée au milieu de la rue sordide. Le silence s’abattit de nouveau, la petite se releva et d’un pas lent et sans entrain décida de retourner chez Rose.

La vieille horloge sonna neuf heures. Trois hommes à la démarche chaloupée entrèrent dans un bar armés de long poignards. Bientôt, Lily entendit à l’intérieur des bruits de bagarres, entremêlés de cris et de jurons. D’un coup, le calme retomba et on ne perçut plus que quelques vagues soupirs étouffés. Le souffle court, elle demeura là, sans un mot, l’air interdit. Une silhouette sortit du bâtiment avec assurance. Immédiatement la fillette reconnut Errian, figée, elle l’observa essuyer son arme souillée de sang et la replacer au fourreau, puis relever la tête. Quelques secondes plus tard, une nuée de corbeau apparut et enveloppa le jeune homme de sa masse noire. Il ne réagit pas, commença à s’éloigner quand il aperçut enfin la petite fille. La fixant de son regard froid et précis, il resta impassible. La gamine voulut s’approcher de lui, mais il recula.

Lily, désemparée, sentit le désarroi l’envahir, ses yeux s’emplir de larmes, elle avança encore d’un pas, mais Errian esquiva de nouveau, sa veste de cuir suivant ses mouvements. Il observa la petite a quelques mètres, l’air hagard désemparée, ses vêtements sales et déchirés la rendant plus misérable encore. Il détourna la tête et partit. Lily voulut le suivre mais alors qu’elle s’avançait, un corbeau se jeta sur elle et agrippa sa chevelure, tout en essayant de la blesser avec son bec. Elle cria de peur, se débattit, sa robe s’emmêlant autour de ses jambes l’empêchait d’avancer, les croassement de l’oiseau la terrifiant, lui faisait perdre la raison.

Un homme de grande taille s’approcha, son visage était long, anguleux, ses traits durs. Il portait une grande cape d’un noir douteux ainsi qu’une tunique usagée maintenue par une ceinture à laquelle était accrochée un long poignard. Ses yeux gris fixaient le volatile avec attention. L’homme avança soudainement la main et se saisit de l’épaule de Lily qu’il immobilisa aussitôt, puis de sa deuxième main, bataillant contre les cheveux de l’enfant il attrapa l’oiseau par le cou et le lui tordit d’un mouvement brusque. Lily sursauta puis s’immobilisa. Elle se tourna vers son sauveur puis le remercia en balbutiant. Celui-ci eut un sourire carnassier et lécha sur ses doigts le sang du corbeau. Un léger tic faisait frémir sa paupière le rendant plus terrifiant encore. Avec un petit ricanement, il fit volte face et s’éloigna.

La petite fille, reprenant ses esprits, tenta de le rattraper. Il s’arrêta brusquement et se retourna. Il la fixa un instant et passa sa langue sur ses lèvres. Lily se figea aussitôt.

"  Ce n’est pas la peine de me remercier. Je ne l’ai pas fait gratuitement

- Gratuitement ? …. Qui êtes vous ?

- Oh… Tu comprendras bientôt. Je m’appelle Barthélémy, tout ce que je donne, on le paye… Cela viendra. "

L’homme réajusta son chapeau sur sa tête, puis s’en alla.

Ecrit par parasitemort, à 21:26 dans la rubrique "Parmi les fous" - Mise à jour : Lundi 16 Janvier 2006, 17:03.

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Dimanche (25/09/05)

Parmi les fous : Chapitre 15 : Barthélémy

2987 : En haut

«  Barthélémy ! ! Reviens tout de suite ! ! C’est un ordre… »

Barthélémy repoussa sa mère qui essayait de le retenir et s’enfuit à toutes jambes. Il savait que cette fois ci, il n’y aurait pas de retour possible, aucune échappatoire, mais il avait envie de se battre, de leur résister, seulement pour le plaisir de sentir en vie.

Il haïssait ces gens avec qui il avait passé son enfance, ils s’étaient montrés hypocrites, le caressant, le gratifiant de douces paroles. Mais tout n’avait été que mensonges. Il considéra très vite ses semblables comme inférieurs, il les trouvait lâches et peureux, la haine l’envahissait lorsqu’il les croisait ou leur parlait. Le jeune homme prit l’habitude de rester à l’écart, il s’amusait de la souffrance des bêtes qu’il torturait dans la forêt, étudiant leur réaction. Il observa que les insectes étaient particulièrement résistants et obstinés. Il ne comprenait pas comment une araignée qui avait perdu ses huit membres, arrachés un à un avec lenteur et précision, pouvait encore avoir la force de se débattre. Elle continuait de bouger, ses minuscules yeux affolés réagissant au moindre bruit, à la moindre lumière. Frustré, il l’écrasait alors.

Les hommes n’étaient pas comme les araignées, ils renonçaient trop vite, abandonnant leur dignité pour leur survie, rampant à terre pour ne pas être frappés. Ils le dégoûtaient avec leur manières mièvres et doucereuses, leurs regards implorants, leurs paroles tremblantes et pitoyables.  Il s’amusait à leur faire peur, les menaçant grâce à sa haute stature et son charisme étrange qui avait ,disait-on, quelque chose de diabolique. Les jeunes filles fuyaient quand il approchait et cela l’énervait plus encore, il les poursuivait, et une fois qu’il les avait attrapées, il leur faisait subir mille supplices, leur promettant la mort si elles le dénonçaient.
 
Il se souvint du jour de ses dix ans, son père lui avait offert un petit chat, il n’aimait pas l’animal pourtant il n’en fit rien paraître. Il retourna dans sa chambre avec son nouveau compagnon. Il habitait une grande maison de trois étages, ce qui paraissait démesuré lorsque l’on apprenait que seul lui et ses parents y vivaient. Il monta sur la terrasse, courant presque dans le grand escalier tant il était impatient. Arrivé, Barthélémy posa le chat sur la barrière qui les séparait du vide et s’amusa à lui faire peur. Le petit minet, affolé, perdait l’équilibre et manquait de tomber, mais chaque fois, il se ressaisissait à temps et se stabilisait. Le petit garçon se lassa rapidement de ce jeu, admirant néanmoins la ténacité du minuscule félin, il secoua la petite barrière en fer forgé. L’animal tomba en poussant un miaulement désespéré. Il s’écrasa sur le sol, une tache de sang se répandit autour de son cadavre inerte. Barthélémy eut un sourire carnassier, fier de lui, il vint déplorer la mort du petit chat à sa mère.

Mais aujourd’hui c’était différent. Le corps de l’homme qu’il avait tué reposait sur la place, à la vue de tous, sanglant. On connaissait le nom du meurtrier. On partirait à sa recherche, on le traquerait, et tôt ou tard, il serait trouvé et anéanti. Cette pensée l’amusa, il s’imagina enchaîné, l’air fier et arrogant, les fouets des bourreaux n’ayant aucune emprise sur lui. Il ramassa un bâton au milieu des bois. Derrière lui, il entendit des pas précipités se rapprochant rapidement. Arrivé dans une clairière il fit volte face et attendit résolument ses adversaires, solidement campé sur ses jambes.

Cinq hommes arrivèrent, l’apercevant, ils s’arrêtèrent et se postèrent en demi cercle autour de lui. Barthélémy leur jeta un regard furieux et se jeta sur eux, son arme frappa le premier au visage, le faisant tomber lourdement sur le sol avec un bruit mat. Les quatre autres se précipitèrent et l’attaquèrent d’un même mouvement. Parant leurs coups, le jeune homme semblait se rire d’eux, se mouvant tel un félin, ripostant avec violence et folie. L’alchimie des corps qui dansaient, échangeant parades et ripostes meurtrières, le séduisait terriblement. Le deuxième tomba à son tour, impuissant devant la rapidité de son ennemi, lorsque venant par derrière, un sixième villageois se glissa dans son dos et lui asséna un formidable coup sur la nuque. Assommé, Barthélémy s’effondra à terre.

Lorsqu’il se réveilla, il était dans un lieu sombre et froid, une odeur de mort flottait tout autour de lui. Frissonnant il se releva et observa l’endroit où il se trouvait. Ce n’était pas une prison, mais ce n’était pas l’air libre, il n’y avait pas de murs, mais le ciel n’existait pas pour autant au dessus de sa tête. Craignant le pire, Barthélémy courut en toute hâte, allant au hasard. D’un coup il s’arrêta. En contrebas s’étendait une ville sinistre et brumeuse. Il comprit. Son châtiment était encore plus sévère que la mort, ils l’avaient jeté en bas, dans ce monde de fous, dangereux et criminel.

Le souffle coupé, il contempla sans dire un mot l’image effrayante qui se trouvait devant lui. Il avait tout perdu, jamais il ne reverrai le soleil ni même une araignée, il avait pénétré la mort elle même. La rage s’empara de son âme. Avec un rictus cruel, il leva les yeux vers la haute paroi de pierre, frontière infranchissable entre son ancienne vie et les ténèbres. On lui offrait un nouveau départ, il n’avait d’autre choix que d’accepter mais il se jura au plus profond de lui même, que, quoi qui l’attende, il serait le plus ignoble des monstres de cette ville écœurante.

Résigné, il marcha vers la ville.

Ecrit par parasitemort, à 20:20 dans la rubrique "Parmi les fous".

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Mercredi (14/09/05)

Parmi les fous : Chapitre 14 : Espoir

Lily n’arrivait plus à se repérer dans la ville, elle était perdue et se sentait de plus en plus impuissante face au malheur qui s’abattait sur elle. Aleist la suivait toujours fidèlement mais il commençait à se fatiguer et bientôt, il échapperait peut être au contrôle de la petite fille ce qui avait de bonnes raisons d’inquiéter celle-ci. Soudain, il ouvrit de grands yeux ébahis, fixant un point qui devait se trouver à l’extérieur de la ville, il s’exclama :

"  La lumière ! Regarde ! C’est magnifique… "

Lily tourna brusquement la tête, il n y avait rien dans la direction où son compagnon regardait, hormis la Paroi de Pierre, qui telle une montagne sans sommet, était visible de n’importe quel lieu des bas fonds. Aleist s’élança, courant presque, partant vers cette lumière que lui seul apercevait. La fillette, affolée le suivit, elle tenta de le persuader qu’il n’y avait rien, qu’il fallait absolument faire demi tour, rejoindre la ville et les habitations.

Il n’écouta pas, il poursuivit son chemin plus vite encore, l’espoir se lisait dans ses yeux, son désir de réaliser ce vieux rêve, trouver un asile en ce monde, un lieu où tous les crimes, même les plus odieux seraient pardonnés. Ils atteignirent rapidement les premiers rochers, et se hissèrent, pas après pas, montant de plus en plus haut. Lily continuait de lui parler, essayant toujours de le persuader de renoncer, en vain, il était comme sourd, alors elle n’eut d’autres choix que de le suivre encore, peinant à soutenir ce rythme si rapide et saccadé.

Enfin ils arrivèrent sur une petite plate-forme, située à une centaine de mètres du sol. Aleist s’arrêta brusquement, haletant, le regard fixé vers le vide à une dizaine de pas. Lily le rejoignit, à bout de souffle, il murmura d’une voix cassée par l’émotion :

"  La lumière…si belle, si brillante… pardon… merci… "

Il s’avança vers le bord, la petite fille le retint par le bras, elle regarda son visage et se figea lorsqu’elle aperçut au fond des yeux de l’homme une pâle lueur, comme le reflet d’une étoile invisible qui brillait là, discrète mais sereine. Elle le lâcha et fit un pas en arrière, elle voulut parler mais sa gorge ne laissait sortir aucun mot, elle réussit néanmoins à souffler :

"  Je t’en prie, ne pars pas… "

Aleist n’entendit pas, seule comptait la lumière qui dansait devant lui, promesse d’un nouvel avenir, de nouveaux espoirs. Il avança encore, se rapprochant de plus en plus, et sans qu’il ne comprenne, son pied rencontra le vide. Il ne chercha pas à lutter, il bascula sans réagir et tomba dans le néant. Sa chute dura quelques secondes qui lui parurent une éternité pendant lesquelles il revit son si beau visage, doux et souriant, il entendit son rire chantant et sentit une dernière fois son parfum. Ses yeux s’embuèrent de larmes, des larmes de joies, il allait la rejoindre, toucher sa peau chaude et embrasser ses lèvres. Un nouvel espoir naquit en lui, il ne comprenait pas, mais une certitude l’envahit : " Il y là-bas un autre monde où nous pouvons réparer nos erreurs, un monde où il fait bon vivre, où les promesses sont toujours tenues et où il n’existe pas de malheureux souvenirs… "

Son corps s’écrasa sur le sol avec un bruit mat, il ne restait plus rien de lui, hormis une masse informe faite de chair et de sang. Lily agenouillée à terre, ne réagit pas. Cette lueur qu’elle avait vu dans ses yeux paraissait si réelle, emplie d’espoir et de rêves, elle n’était plus sûre d’avoir eu raison, n’aurait elle pas dû sauter avec lui et vivre cette vie qu’on lui promettait ? Elle resta ainsi de longues minutes, hésitant, cherchant à trouver la vérité, à dénicher un indice qui lui permettrait de savoir, balançant à chaque instant entre ce désir de connaître le repos et cette idée qui ne la quittait pas, elle pouvait se tromper, ce n’était peut être qu’un mirage.

Un cri venant de la ville la sortit de sa torpeur, elle réalisa alors la mort d’Aleist et avec rapidité elle se précipita au bord de la plate-forme et se pencha. Il n’était qu’une tache sombre se détachant à peine de la couleur du sol, un rien perdu dans l’immensité. Une larme coula le long de sa joue et tomba à la suite de son compagnon, le rejoignant, perle de tristesse qu’elle lui envoyait en adieu, car elle ne partirait pas à sa suite. Ravalant son chagrin, elle s’efforça de réunir son courage, puis décidée, elle entama la longue et périlleuse descente.

" La mort… Est-ce la fin, ou un nouveau départ ? La vie… ce n’est qu’un sursis plus ou moins long, que l’on obtient avant de sombrer dans l’oubli.

Ils tuent pour ne pas être tués, arrachent la vie pour conserver la leur, mentent pour protéger leur vérité. Lorsqu’ils pleurent, quelqu’un à leur côté se permet de rire, lorsque le chagrin les étreint, au loin un autre est heureux…

Etrange paradoxe que celui de la comédie humaine, pas besoin de fous pour comprendre, pas besoin de tant de morts… Alors pourquoi a-t-on laissé faire ça ? Pourquoi les fait-on disparaître, pourquoi se satisfait-on de leur misérable situation ?

L’homme de raison est un lâche qui se cache pour pleurer, qui tue pour oublier sa peur, admire la misère du monde pour se sentir plus fort…

Le fou n’a pas ces préoccupation, ses actions sont commandées par le terrible désir de vivre, il n’a pas besoin de se dissimuler, ni de tuer, tout ce qu’il fait, même les crimes les plus atroces, tend à lui accorder un peu plus de temps, mais pour cela, il doit faire abstraction de sa conscience. Peu à peu, on lui nie le statut d’homme, il cesse d’exister, il n’est qu’un monstre, une bête sauvage à l’allure ignoble. Il ne voulait pas en arriver là, il y a été poussé, il a tout perdu mais il continue d’avancer…

Le véritable monstre n’est pas celui qu’on croit, celui qui a le choix et qui délibérément fait le mauvais, est le seul fautif, il mérite de mourir, de rejoindre les fous dans leur triste univers, tandis que ceux-ci s’enfuiraient et goûteraient enfin à de meilleurs jours. Mais le monde où les coupables périssent et où les innocents sont épargnés n’existe pas, ce monde là n’est qu’une utopie. "

Ecrit par parasitemort, à 16:58 dans la rubrique "Parmi les fous" - Mise à jour : Vendredi 16 Septembre 2005, 09:17.

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Mercredi (07/09/05)

Parmi les fous : Chapitre 13 :

mode "pause", on respire un coup...

La main de Lily était tachée de sang, elle ne le remarqua pas tant son attention était retenue par son nouveau compagnon. Aleist marchait avec elle d’un pas tremblant, écarquillant les yeux comme un enfant qui découvre le monde, s’émerveillant de chaque chose si horrible soit elle, souriant niaisement au terrible spectacle s’offrant à lui. Il était devenu fou après toues ces journées de solitude, fou mais inoffensif, désireux d’oublier son passé. Elle le guidait ainsi à travers la ville, elle même perdue ne sachant où aller, mais elle ne voulait pas inquiéter l’homme, il semblait enfin apaisé, tranquille, il ne disait mot, elle sentait qu’il s’était peu à peu détendu, se laissant aller et diriger, dans ce nouveau monde qu’il ne connaissait pas.

Le cœur de Lily se serra. A quelques mètres, de l’autre côté de l’avenue sur laquelle ils se trouvaient, Errian était assis, le visage entre les mains. Des dizaines de corbeaux voletaient autour de lui, le frôlant parfois, se moquant de lui. Il ne faisait rien pour chasser les volatiles, impuissant il semblait être plongé dans de sombres pensées dont rien ne pouvait le tirer.

Les corbeaux… sales bêtes, Kyokun… Kyokun…mort… les corbeaux… "

Errian redressa la tête, au dessus de lui les volatiles tournoyaient toujours, il sentait parfois leurs ailes le toucher. Cette caresse, si étrange, il l’aimait et la haïssait à la fois, elle lui rappelait ce temps passé avec elle, loin de tout et si près des rêves, mais il sentait aussi l’odeur de la mort flotter autour de lui, l’enveloppant, se riant de lui et de sa faiblesse. Les larmes aux yeux, il se redressa quelque peu, voulant prendre appui sur sa main droite, il grimaça de douleur et s’affaissa de nouveau. Il s’était brisé plusieurs phalanges, la souffrance lui rappela les dernières heures passées et il se sentit encore plus mal, lassé de ce monde et de ses jeux.

Se relevant enfin, il fit quelques pas, hésitant, il pouvait retourner à la taverne, renouer avec cette vie qu’il menait depuis déjà bien des années, mais il ne savait pas, il ne savait plus, égaré, il marcha au hasard, toujours suivi par les oiseaux qui semblaient s’être accrochés à lui. Errian arriva au bord du fleuve, il contempla les corps des noyés qui flottaient à la dérive, un vieux berceau rouillé remontant à la surface. L’ambiance étrange de ce lieu le reposait, il s’accroupit près du bord et lança des cailloux dans l’eau, machinalement. Il se souvint de ce que lui avait dit sa mère il y a longtemps : " Marche dans le vide, toujours, et tente ton destin… ". Il voulut la maudire d’avoir un jour prononcé ces paroles, sinon pourquoi aurait-il eu l’idée d’une vie plus douce, comment aurait-il défié le destin en voulant goûter au bonheur ? Il eut un soupir et recommença à penser. Une des manies de son père lui revint aussi à l’esprit, celui-ci lorsqu’il devait prendre une décision, saisissait une pierre et se plaçait sur le rebord puis il pariait : " si elle tombe à la flotte j’y vais, si elle atteint l’autre rive, je n’y vais pas… " Le jeune homme sourit vaguement en y songeant, il avait souvent trouvé ce rituel stupide, mais à présent qu’il était pris au piège, il n’en était plus si certain.

Il prit alors un caillou de bonne taille et murmura "S’il passe je laisse tout tomber, je change de vie… sinon tout reste comme avant...". Retenant son souffle, il se surprit à désirer la réussite de ce qu’il croyait être un simple jeu. Il banda ses muscles et lança de toutes ses forces, la pierre décrivit une parabole, elle toucha le bord opposé, puis rebondissant, plongea dans les eaux noires et profondes, disparaissant en un instant. Errian resta immobile, durant l’espace de quelques secondes, le visage défait. Il avait espéré, il avait cru pouvoir changer, mais le sort s’acharnant contre lui, lui avait affirmé le contraire. S’agenouillant sur le sol, il attendit.

Pauvre imbécile… qu’est ce que tu croyais ? C’est fini, on ne change pas… c’est fini. "

Son regard fixait l’endroit où son projectile était tombé, se demandant comment il avait pu y croire, penser qu’une pierre pourrait modifier sa vie, rejeter la fatalité. Il n’y aurait pas de nouveau départ, il ne connaîtrai pas les cerisiers en fleurs ni le chant des rossignols, rien de bon ne lui serait jamais réservé. Avec un soupir, Errian se releva, il jeta un dernier regard au fleuve puis fit volte face et partit vers la taverne, ses associés devaient l’attendre, il n’avait plus aucune raison de les décevoir.

Rose reboutonna sa robe, elle était terriblement lasse de la vie qu’elle menait, l’arrivée de la petite fille lui avait rendu espoir, néanmoins, rien n’avait changé, elle travaillait toujours de la même manière, regrettant ces moments passés, ce jour où elle avait tout perdue. Elle regarda au dessus d’elle, il n’y avait rien d’autre que la Frontière qui la séparait de l’extérieur, laissant ses pensées vagabonder, elle repensa à cette vie qu’elle aurait pu partager avec lui, s’en voulant de ne pas avoir été assez prudente. Fatiguée, elle décida enfin de retourner chez elle, la jeune femme ne pouvait plus supporter les regards lubriques de ces hommes qui la sollicitaient, elle était épuisée de ces deux jours sans sommeil, son corps tout entier aspirait au repos.

Ecrit par parasitemort, à 21:32 dans la rubrique "Parmi les fous".

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Samedi (27/08/05)

Parmi les fous : chapitre 12 : Promesse

3012 : En bas

" Surtout n’ouvre pas les yeux ! … Donne moi la main, voilà … attention ça glisse … "

Errian eut un petit rire amusé en rattrapant tendrement Rose par la taille, alors qu’elle trébuchait, elle avançait à l’aveugle, un bandeau sur les yeux, guidée par la voix de son compagnon, ils étaient dans un tunnel large et sombre, un vieil égout qui ne servait plus depuis déjà plusieurs années, leurs pas résonnaient dans le silence étrange de ce lieu, il n’y avait pas âme qui vive, même les rats, locataires habituels de ce genre d’endroits étaient absents. La jeune femme demanda d’une voix curieuse :

" Mais où tu m’emmènes ? Ca va faire une heure qu’on est ici à marcher…

- Tu vas voir… c’est une surprise. "

Ils firent encore quelques mètres, puis s’arrêtèrent, Errian grimpa seul le long d’une échelle rouillée et branlante, incrustée dans la paroi, il repoussa la lourde plaque de fer qui le séparait de l’extérieur. Il redescendit en hâte et guida Rose, ils montèrent ensemble. Lorsque Rose sentit la caresse du vent sur sa peau, elle frémit de plaisir, ce souffle frais qui courait sur son corps, jouant avec ses vêtements, décoiffant sa longue chevelure noire lui était inconnu, pourtant elle comprit immédiatement ce qui lui arrivait, elle avait longtemps essayé d’imaginé à quoi ressemblait le monde du dehors, ce que l’on éprouvait en étant en haut, elle n’osait y croire, mais cela ne faisait aucun doute, la brise légère qui tournoyait autour d’eux ne pouvait pas avoir été simulée, pas plus que l’odeur discrète qui flottait dans l’air, indescriptible, comme si elle respirait pour la première fois de sa vie.

Errian saisit sa main et l’emmena le long d’une vieille route de terre, évitant soigneusement les trous et les branches pour qu’elle ne tombe pas, ils arrivèrent rapidement aux abords d’un petit village qui semblait à l’abandon, il l’entraîna à l’arrière d’une petite maison quelque peu à l’écart, elle aussi déserte, et dans un mouvement fluide, il ôta le morceau d’étoffe qui entourait les yeux de Rose.

Celle-ci ne put retenir un cri de surprise, ils se trouvaient dans un immense jardin, entouré de quelques barrières, qui dominait le paysage, offrant une vue magnifique sur la campagne alentour, c’était l’hiver, jamais Rose n’avait vu plus beau spectacle que ce manteau de neige recouvrant la terre jusqu’à l’horizon, tachetée de ce de là par quelques arbres dénudés, on entendait au loin le bruit d’une cascade, sûrement cachée dans le bois qui longeait le bourg à quelques dizaines de mètres. Mais ce qui émerveilla le plus la jeune femme fut le grand rosier qui poussait contre un muret de pierre, il était en fleur malgré la saison et dégageait une odeur envoûtante, tel un paillon attiré par la lumière, Rose s’approcha, elle effleura un des pétales, puis passant son doigt sur la tige, elle se piqua. Elle eut un sursaut devant la douleur, quelques gouttes de sang s’enfuirent et tombèrent à terre, tâchant le sol blanc immaculé de traces rouges. Cette minuscule égratignure ne fit que lui confirmer qu’elle ne rêvait pas, Errian s’avança derrière elle en silence, et l’enlaça tendrement,, elle voulut parler, mais les mots se bousculaient dans son esprit et finissaient par mourir au fond de sa gorge, les larmes aux yeux elle contemplait sans comprendre le ciel, les nuages, le soleil pâle qui semblait lui aussi engourdi par de froid.

Enfin, elle parvint à se ressaisir quelque peu et murmura :

"  Merci… "

Le jeune homme sourit, il lui avait fallu des mois pour trouver la sortie des souterrains, se faufiler dans les égouts, parvenir jusqu’à ce village et enfin attendre le bon jour pour l’y emmener et lui montrer ce lieu magique, lui faire respirer cet air si doux, il avait réussi, enfin.

"  Je … Il fait trop froid pour rester, mais... au printemps, nous reviendrons, nous vivrons ici, ceux d’en haut ne le saurons pas, personne ne le saura, nous vivrons ici… tous les deux… "

Rose se tourna brusquement vers lui en ouvrant de grands yeux étonnés, jamais le monde ne lui avait paru aussi beau, elle se surprit quelques instants à rêver de cet avenir, mais dans un dernier sursaut de réalisme, le doute s’empara d’elle, fronçant les sourcils elle demanda presque incrédule :

"  C’est vrai ? C’est vrai que nous …

- Ne t’inquiète pas, fit-il en posant un doigt sur ses lèvres, nous retournerons ici, je te le promets, tu m’entends je te le promet, sur ces fleurs et leur parfum, sur mon amour … n’aie pas peur… "

Ces dernières paroles finirent de rassurer la jeune femme, avec grâce elle effleura la joue d’Errian qui se pencha doucement vers elle et l’embrassa, celant sa promesse.

" Premier baiser, premier amour, premières caresses pour que le mal disparaisse, ils sont si forts, main dans la main, son regard embrasse la courbe de ses hanches, ses yeux brillent comme des étoiles, comblées de bonheur, ils ne se rendent pas compte de cette chance dont ils jouissent, ils repoussent ensemble charognards et ennemis, défendent cette flamme qui les brûle, ce feu, si doux qui les anime, qui semble immortel.

Mais un souffle de vent peut tout changer, celui qui attisait les cendres encore fumantes, malmène puis éteint le brasier.

Premiers coups, premiers cris, premières blessures, car le bien jamais ne perdure. Bêtes traquées ils se cachent, mais il y a toujours quelqu'un derrière eux à leur poursuite, le sang coule, les larmes ruissellent le long de ses joues qu'il embrassait. Les pleurs remplacent les rires joyeux qui résonnaient autrefois, un appel à l'aide se fait entendre, hurlement strident, désespéré, il accourt, et dans l'obscurité voit s'enfoncer une lame d'acier dans le cœur de celle qu'il aimait.

Premier amour, première mort, ironie du sort qui se moque des jeux de mots...

A genoux dans la neige, le sang est une tache rouge, les larmes un fleuve sans fin... Il a perdu, tout perdu, rien ne le reconstruira, c'était un homme, il est devenu néant

. "

Ecrit par parasitemort, à 12:29 dans la rubrique "Parmi les fous" - Mise à jour : Vendredi 16 Décembre 2005, 11:18.

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Jeudi (25/08/05)

Parmi les fous : Chapitre 11 : Pardon

Lily avait fui à toutes jambes le lieu du meurtre de Kyokun, elle entendait encore dans son esprit la voix du clown, ses intonations étranges, son rire torturé et grinçant, sa silhouette décharnée dansait devant ces yeux, fantôme cauchemardesque, vision alarmante et terrible. Elle regrettait d’être arrivé si tard, d’avoir assisté impuissante à cette scène macabre, simple spectatrice d’un crime qu’elle aurait pu empêcher. Si seulement elle été allée plus vite, elle aurait arrêté le bras fou d’Errian, elle aurait protégé Kyokun, personne ne serait mort, personne, la logique implacable de ce monde aurait chancelé pour la première fois. La vieille horloge sonna dix-neuf heures. Le soir tombait à Fafys, mais en bas rien ne changea, chaque jour ressemblait au précédent, chaque instant identique à celui d'avant, copie conforme du suivant, enfermé entre les parois de pierre de leur immense prison, les habitants des bas fonds répétaient inlassablement les mêmes gestes, reproduisant à l’infini le même cercle vicieux qui les entraînait au plus profond de la tourmente, dans un univers de plus en plus terrible.

Poursuivant sa course, Lily entendit planer au dessus d’elle une nuée de corbeaux qui s ‘éloignèrent rapidement vers la ruelle où se trouvait Kyokun , nuage noir, annonciateur de malheur et de mort. La fillette, à bout de souffle, s’arrêta. Elle n’avait rien avalé depuis la mort de Kaïn, la veille au matin, doucement elle sentait ses forces décliner. Elle tenta de se repérer, mais elle n’était jamais allée dans cette partie de la ville. Elle était perdue.

Il y avait un cimetière, un vieux cimetière à l’air triste et abandonné, elle s’approcha et franchit la grille rouillée qui sortait en partie de ses gonds et menaçait de s’effondrer. Les allées étaient à peine visible, les tombes n’avaient pas été entretenues depuis longtemps, quelques herbes folles avait poussé ci et là, envahissant les pierres fissurés, des ossements jonchaient le sol, sûrement déterrés par les corbeaux un jour de disette.

Lily sursauta lorsqu’elle entendit une faible plainte venir de sa gauche, se dirigeant dans cette direction, elle aperçut une silhouette recroquevillée sur elle même, accroupie à terre, dodelinant de la tête. La petite fille s’avança sans bruit jusqu’à l’homme, mince, horriblement pâle, le visage émacié. D’immenses cernes soulignaient ses yeux rouges, il rongeait ses ongles avec une telle ardeur que du sang coulait de ses doigts, tachant sa figure et ses vêtements. Il parut ne pas remarquer Lily, gémissant toujours, la tombe devant laquelle il pleurait portait une inscription que la fillette déchiffra avec peine : "  Alice ( 3001-3017 ), qui rendit ce pays merveilleux " .

N’osant rompre le silence, elle continua d’observer l’homme, il était effrayant de part son allure et son air, mais cela ne la fit pas fuir cette fois, elle ne connaissait que trop bien les effets désastreux que pouvait avoir le dégoût sur les personnes d’en bas, elle acceptait ce qui se présentait sous se yeux, sans ciller, ni détourner le regard. Rassemblant son courage, elle prit la parole :

"  Excusez moi, je … je m’appelle Lily, je suis perdue … Pouvez vous m’aider, s’il vous plaît ? "

Aucune réponse n’émana de l’inconnu, il demeura impassible devant sa présence, comme sourd, de plus en plus mal à l’aise, la petite fille poursuivit :

"  Qui êtes vous ? Je suis perdue … Qui … Qui est Alice ? "

A l’évocation de ce nom, il tourna brusquement la tête et la fixa intensément, il semblait enfin la voir, un instant passa et il répondit enfin, d’une voix faible et cassée :

"  Alice … oui, je me souviens … c’était il y a cinq ans … si belle … elle avait seize ans et je l’aimais … si belle … "

Il replongea au plus profond de ses pensées, Lily, figée, était incapable d’articuler ne serait ce qu’un mot, elle attendit en silence que l’homme poursuive son récit, quelques minutes s’écoulèrent, sans un bruit, puis sans raison apparentent, l’inconnu continua :

"  Je me nomme Aleist, je … Alice, … elle avait seize ans, je l’aimais, … Je voulais le lui dire, lui avouer cet amour, … une déclaration … merveilleux … je l’ai tuée … je l’ai tuée car elle a ri, il y en avait un autre, un meilleur, c’était terrible, terriblement beau, mon couteau pénétrant sa chair, son sang s’écoulant sur sa jolie peau blanche, ce cri étranglé qu’elle a eu pour me dire adieu, ses yeux dont le regard devient de plus en plus fou, son esprit qui s’en va, que je ne peux rattraper … pourquoi ? … Elle s’est éloignée, elle est partie ... "

Sa voix se brisa, se cachant le visage entre les mains, il pleura de plus belle, sa détresse semblait infinie, il était comme un enfant demandant pardon, qui perd la raison à force de remords. Sanglotant, il murmura :

"  Alice… reviens… je t’aime … je t’en prie… je t’aime … je suis désolé. "

Lily resta immobile, animée par des sentiments contradictoires, elle hésitait, la haine ou la pitié, le pardon ou la rancune, coupable ou innocent, fou ou meurtrier ? Sa raison semblait l’emporter condamnant l’homme, le jugeant de criminel, mais soudain son cœur d’enfant se mit à parler, il ne dit presque rien, seulement quelques mots sans importance " il y a un cœur, dans cette poitrine, qui bat, comme le tien… souviens toi … ", souriant tristement, elle fit quelques pas pour n’être plus qu’à quelques centimètres d’Aleist qui la sentant si proche de lui trembla et releva timidement les yeux, la douceur qu’il lut dans le regard de Lily le surprit, la main qu’elle lui tendit ensuite lui parut irréelle, mais lorsqu’il la saisit, ses doigts ne se refermèrent pas sur le vide. Décontenancé, il se leva, et comme dans un rêve, guidé par la petite fille, d’une démarche lente mais emplie de confiance, il quitta le cimetière pour la première fois depuis cinq longues années.

Ecrit par parasitemort, à 13:20 dans la rubrique "Parmi les fous" - Mise à jour : Samedi 27 Août 2005, 10:53.

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Mardi (23/08/05)

Parmi les fous : Chapitre 10 : Un monstre

je vais un peu vite dans la mise à jour, mais...

" La petite Lily commence à se perdre, elle ne sait plus où elle est, la frontière entre le bien et le mal devient chaque jour de plus en plus ténue, elle aimerait sortir, mais elle ne peut plus, trop de souvenirs s’accrochent à elle, elle a vécu trop longtemps ici pour s’en aller sans remords, sans abandonner une partie d’elle même avec nous. Elle est prise au piège la belle enfant au grands yeux d’ange, elle commence à le sentir au fond de son cœur, cette aventure lui coûtera bien plus qu’elle ne le pensait. Moi Kyokun, je reste là et je vois ce qui se passe, j’admire ce spectacle inédit qui s’offre à moi, le naufrage de l’innocence qui doucement sombre dans les abysses de ce monde désenchanté, c’est si beau et terrible à la fois, je ne sais pourquoi, je ne me réjouis pas, j’en suis incapable, je la revois essayer de soutenir mon regard bravement, tremblante mais affrontant sa terreur, me dévisageant pour comprendre qui j’étais, ce qui était arrivé pour que je devienne ainsi. Douce enfant, je me souviens de la blessure qu’elle a ouverte avec sa frayeur et du baume qu’elle a tenté d’y apposer par la suite, je donnerai ma vie pour la revoir encore et encore, pour qu’elle reste parmi nous à jamais, si elle demeurait pour toujours, peut être deviendrions nous meilleurs, autres que des monstres, cela est-il possible, ceux d’en haut nous le permettront-ils ? "

Kyokun s’interrompit brusquement, il tourna la tête vers sa gauche, se tapissant dans l’obscurité, des bruits de pas résonnaient à quelques mètres de là. La silhouette d’un homme apparut, grande, élégante, la démarche fluide telle celle d’un félin, c’était Errian. Il s’avança résolument dans la ruelle déserte, prenant plaisir à s’arrêter régulièrement, savourant l’atmosphère tendue de l’air, se délectant de cette peur qu’il devinait dans le sein de celui qu’il venait rencontrer. Le clown se recroquevilla sur lui même, il n’aimait pas cette présence qui était synonyme de mort et de danger, disparaître aurait été parfait, mais il y avait peu de chance pour que l’autre se laisse abuser par une simple ruse de magicien.

" Je sais que tu es là, je t’ai entendu parler seul, montre toi, avant que je perde patience… "

Kyokun sentit un frisson parcourir son échine à l’écoute de la voix doucereuse et moqueuse de son interlocuteur. Figé, il hésita à bouger, mais il redoutait trop la colère de cet homme pour demeurer ainsi plus longtemps, il se glissa alors hors de sa cachette en un mouvement lent et timide et fit face à Errian qui eut un sourire mauvais en le voyant. Il le toisa un instant avec son air supérieur habituel et déclara :

" C’est d’elle dont tu parlais, n’est ce pas ? Qu’a-t-elle donc fait pour que tu t’intéresses de la sorte à sa personne ? Cela ne te ressemble pas, je croyais que tu vivais hors du temps, alors pourquoi te soucier d’elle ? "

Le clown ne répondit pas, il détourna le regard, frottant ses mains l’une contre l’autre pour se rassurer tant bien que mal. Quelques secondes passèrent jusqu’à ce qu’il se décide à prendre enfin la parole, d’une voix mal assurée :

" Je ne sais pas, quand elle m’a regardé, j’ai senti … je ne sais pas … j’ai senti quelque chose de différent, comme si elle voyait. Je … "

Errian éclata de rire, un rire méprisant et dur, Kyokun désemparé ne savait quoi faire, il avait de plus en plus peur, il voulait s’enfuir mais ses jambes étaient clouées au sol, il voulait crier mais plus aucun son ne sortait de sa bouche. Il attendit. L’homme cessa brusquement de rire, il était furieux, son regard avait changé, il n’avait plus rien d’humain, il fixait le clown avec froideur et dégoût .

" Alors toi aussi tu crois qu’elle va vous sauver ? Elle n’a qu’une envie, se barrer d’ici au plus vite, retourner en haut et raconter à tous ses amis l’histoire des monstres qui habitent ici. Pauvre fou, tu ne sais pas quel service je te rend aujourd’hui… "

Sur ces mots, il sortit un long poignard de sous son manteau, les yeux de Kyokun s’agrandirent de surprise et de terreur, il voulut courir mais il ne pouvait toujours pas esquisser un mouvement, il sentit la lame pénétrer sa chair au niveau de sa poitrine, une douleur intense envahit tout son être, brûlant sa chair, écrasant tous ses sens, plus aucune pensée ne traversait son esprit, il n’était plus capable de réfléchir, il quittait ce monde, sans un mot. Il sombrait peu à peu dans le noir, abandonnant tout combat contre la fatalité, quand il entendit un cri, ce n’était pas sa voix, ni celle de son meurtrier, il tourna la tête avec difficulté et vit la petite Lily se précipiter vers lui, repoussant Errian d’un geste brusque. Il tomba à terre, elle se pencha sur son corps, caressant doucement son visage, essuyant ses yeux qui pleuraient plus que jamais de grosses larmes rouges, elle tentait de le rassurer, mais c’était trop tard, le sang s’échappait et avec lui la vie, cette vie si misérable qui avait attendu sa mort pour s’éclairer enfin. Personne ne l’avait jamais aimé, personne n’avait jamais tenu à lui, et aujourd’hui, la plus belle des enfants accompagnait ces derniers instants, sincèrement triste, pleurant avec lui, partageant son mal, dans un dernier effort il murmura avec affection et amour :

" Adieu … adieu gentille étoile .. sauve nous, s’il te plaît, sauve nous… "

Il rendit son dernier soupir, il n’était plus qu’un cadavre sanglant et défiguré, reposant dans les bras d’une petite fille, au milieu d’une rue sordide, un homme debout à ses côtés. Les minutes s’égrenèrent en silence, enfin, Lily se leva, elle se tourna vers Errian, le regarda, puis s’en alla sans un mot. Elle sortit de la ruelle, l’homme voulut la rattraper, lui parler, mais que dire ? Il se sentait si horrible, un monstre, le seul véritable monstre des bas fonds…

Il resta là, à attendre un signe, un miracle, mais rien ne vint, le corps du clown était toujours là, les corbeaux arrivèrent, se délectant du festin que leur avait offert cet homme. L’un d’eux se posa sur son épaule, amicalement, il croassa dans son oreille une mélodie macabre et morbide. Errian se dégagea violemment de l’emprise du charognard, celui-ci pris son envol et se posa parmi ses congénères autour de la victime sanguinolente. Dans un nouvel élan de fureur, il chassa les volatiles, essayant de les blesser avec son poignard, mais c’était peine perdue, les oiseaux, agiles, échappaient à ses assauts, se riant de lui, voletant à quelques centimètres de son visage, imprenables et invincibles. Errian eut un cri d’impuissance, il lança son arme au loin, frappa contre un mur de toutes ses forces pour évacuer sa colère, il grimaça de douleur en sentant ses phalanges se briser avec un craquement sec. Epuisé, il s’effondra sur le sol froid et trempé de sang, évanoui.

Ecrit par parasitemort, à 18:49 dans la rubrique "Parmi les fous".

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Lundi (22/08/05)

Parmi les fous : Chapitre 9 : Transis de froid

Lily se réveilla du profond sommeil dans lequel elle était plongée depuis la veille. Il n’y avait personne dans la petite chambre, Rose devait être sortie. Son cœur se serra lorsqu’elle songea au fait qu’elle était sûrement dehors dans le but de gagner un peu d’argent. Elle n’était pas dupe et savait ce que cela impliquait pour une femme dans le monde d’en bas, cette idée la révoltait, mais comme souvent elle se sentait impuissante et inutile. Elle se leva alors, passa de l’eau sur son visage, ouvrit la porte et partit à son tour.

Le froid qu’il faisait à l’extérieur la surprit, elle se frictionnait les bras tout en avançant pour ne pas se sentir gelée, il n’y avait presque personne dans la rue sombre, Lily ne savait pas où elle allait, mais elle ressentait le besoin de bouger, de changer d’espace. Elle se souvint alors qu’elle avait totalement oublié de demander à Errian comment sortir d’ici. Le soleil lui manquait de plus en plus, pourquoi ne l’avaient-ils toujours pas ramenée à eux ? Généralement ses descentes ne duraient pas plus d’une journée. L’inquiétude commença à la saisir, et s’ils la laissaient là pour toujours ?

Elle vit alors un garçon aux cheveux roux qui fouillait dans une poubelle, il était dos à elle, pourtant une certitude folle l’envahit, elle courut jusqu’à lui et posa sa main sur son épaule. Il se retourna, et la reconnaissant, un grand sourire envahit son visage, dévoilant ses dents jaunies, dont celles de devant manquaient. Il avait de grands yeux verts aux reflets grisés, un nez aquilin, et des taches de rousseur parcourait sa figure. Une petite cicatrice barrait sa joue gauche, sûrement l’œuvre d’un ivrogne qui avait dû le battre un jour d’ébriété où le garçon avait dû se promener trop près de lui.

Elle le serra dans ses bras en riant, c’était Kaïn. Après leurs effusions de joie, il la prit par la main et se mit à courir, l’entraînant avec lui. Ils arrivèrent au bord du fleuve boueux, et sous un pont de pierre il lui montra l’abri où il dormait depuis son arrivée ici. Il vivait de ce que les gens laissaient comme détritus mais aussi de petits vols commis chez les marchands ou certains bandits trop ivres pour comprendre ce qui leur arrivait. Il lui raconta comment les maîtres s’étaient saisis de lui et l’avait envoyé ici, personne n’était venu le chercher, il avait fini par s’habituer, à présent il était l’un d’entre eux. Il dit cela avec une pointe de mélancolie qui ne fit qu’accroître le sentiment de culpabilité qu’éprouvait Lily, elle voulut s’excuser mais il l’arrêta avec un sourire. Elle fut étonnée de la joie apparente de son ami, il chantonnait gaiement en sautillant, puis voyant son désarroi, il cessa puis avec sa voix d’enfant, il fit :

" Je me moque d’être ici puisque maintenant je suis avec toi, et puis même avant, c’était pas grave puisque tu allais bien en haut. Moi, je suis pas important, mais toi, tu es la petite lumière qui rend tout moins sombre. "

Elle resta silencieuse, surprise, puis elle s’approcha de lui et déposa un baiser sur sa joue, il éclata de rire, un rire joyeux et vivant, ceux que l’on entendait jamais en bas et qui étaient si rares en haut. Il lui fit visiter les alentours agissant comiquement de la même manière qu’un maître de maison, il s’amusait à la faire sourire, voulant la distraire car au fond de lui, il savait bien qu’elle était malheureuse, il en ignorait la cause, mais son cœur d’enfant amoureux le sentait, il désirait qu’elle reste auprès de lui durant des jours, et craignait de la voir disparaître de nouveau.

La journée qu’ils passèrent ensemble ressembla à un rêve, ils se promenaient main dans la main, se racontant leurs aventures, s’extasiant d’un rien, se divertissant de ces vieux jeux qu’ils avaient tant aimé par le passé. Les passants se retournaient sur leur passage, étonnés de ce spectacle peu commun, le bonheur innocent de deux gamins. Un vieil homme les arrêta, il les regarda sans un mot pendant un moment puis haussa les épaules, il ne comprenait pas, il avait tout vu sauf cela, il était perturbé mais au fond de lui, il sentit une douce chaleur prendre vie. Au soir, lorsqu’il rentra chez lui, il ne battit pas sa pauvre femme comme à l’accoutumée, il la contempla longuement, assise, la peau ridée, l’air las et fatigué, ses yeux restant dans le vague, n’osant pas le fixer par peur d’être frappée. Il s’approcha d’elle et la fit se lever, sans un mot il l’enlaça tendrement et en silence pour la première fois, il lui offrit son cœur.

Les deux enfants continuèrent de jouer, ignorant tout des conséquences de leurs actes, lorsqu’ils furent trop fatigués pour continuer de déambuler ainsi à travers la ville, ils retournèrent à la petite planque. Ils s’y installèrent, et pour se tenir chaud, ils se blottirent l’un contre l’autre, profitant de la chaleur de leurs corps réunis. La vie n’avait jamais paru aussi belle à Lily, elle avait retrouvé son ami perdu, l’espace de quelques heures tous ses problèmes avaient disparu, et malgré elle un curieux optimisme s’empara de son esprit.

A leur réveil, il faisait si froid que tous les deux claquaient des dents sans discontinuer, de manière incontrôlable, Kaïn partit immédiatement à la recherche de nourriture, il revint quelques temps plus tard avec une miche de pain vieille de deux ou trois jours. Il lui en donna la moitié en rougissant de ne pouvoir faire mieux, mais les remerciements qu’il reçut en retour le rassurèrent. Lily tremblait, il toucha sa main, elle était glacée. Il enleva la veste qu’il portait sur le dos et la lui tendit, elle voulut refuser mais il insista, elle la prit donc et s’en vêtit, appréciant la chaleur qu’elle lui apporta. Ils passèrent encore une journée de jeux, de courses, de cavalcades au milieu des rues, riant aux éclats, sautillant et dansant en tous sens.

Kaïn s’arrêta pour reprendre son souffle, épuisé, transi de froid il tomba à terre évanoui. Lily se précipita auprès de lui, il respirait difficilement, et était incapable de se relever. Elle n’avait pas vu ses lèvres devenir au fil des heures de plus en plus bleues, ni ses doigts perdre peu à peu leur couleur, son teint était gris, terriblement pâle. Le portant à demi, elle le ramena jusqu’à leur abri, elle l’étendit sur la petite paillasse qui composait le lit, le recouvrit de tout ce qu’elle put trouver et qui était susceptible de lui tenir chaud. Il tremblait de tous ses membres, elle essayait de le réchauffer en posant ses mains sur son visage ou en frictionnant sa poitrine. Elle ne s’était aperçue de rien, à présent tout lui échappait, les minutes passaient et il avait l’air de plus en plus mal, son regard devenait vitreux. Lily commença à pleurer, impuissante, il sourit et murmura d’une voix faible et hésitante :

" Ne t’inquiète pas, ça va, juste un petit coup de froid … ne pleure pas s’il te plaît, ce qui compte c’est que tu ailles bien… "

Il voulut continuer, mais une quinte de toux immaîtrisable s’empara de lui, il s’interrompait parfois, mais au moindre mot, il toussait de plus belle. Les larmes coulaient sur les joues de la fillette, elle avait peur de le perdre de nouveau, de se retrouver encore seule, de ne plus sentir sa présence si apaisante près d’elle, de ne plus le voir sourire, elle implorait ce Dieu auquel elle ne croyait pas de lui venir en aide. Mais personne ne vint. Kaïn sombra doucement dans une sorte de léthargie, son dernier geste fut de prendre la main de son amie et de la serrer contre sa poitrine. Il perdit conscience. Lily le vit respirer de plus en plus mal, les couleurs abandonnant peu à peu son visage, la chaleur quittant ses membres gelés. Incapable de le secourir, elle demeurait auprès de lui, chantant de vieilles berceuses pour se rassurer, sentant les battements de son cœur faiblir inéluctablement.

Au matin, alors que la ville s’éveillait enfin, il était mort. La petite fille avait veillé sur lui durant des heures, elle était épuisée, elle n’avait cessé de pleuré et de lui parler, il n’avait pas repris connaissance, s’enfonçant petit à petit dans les ténèbres, il était mort.

Ecrit par parasitemort, à 16:15 dans la rubrique "Parmi les fous" - Mise à jour : Mardi 23 Août 2005, 16:31.

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Mercredi (17/08/05)

Parmi les fous : Chapitre 8 : Repos

« Voilà, tu sais maintenant … c’est notre histoire, il y a plus heureux je crois. Il a tout oublié, pour lui je ne suis qu’une pauvre prostituée qui est tombée amoureuse de lui. »

Lily garda le silence, elle ne s’attendait pas à cela, elle se blottit dans les bras de la pauvre femme, ne sachant quoi dire ni quoi faire. Elle ne pensait pas que ceux d’en bas étaient ainsi, on lui avait répété que ce n’étaient que des monstres sanguinaires, elle ne comprenait pas, pourquoi les maîtres avaient-ils menti ? Pourquoi les laissaient-ils là ? C’étaient des êtres humains comme les autres finalement, ils avaient autant le droit de vivre en paix qu’elle ou que ceux d’en haut. Une foule de questions se posaient sans sa tête, tout ce qu’on lui avait appris se révélait erroné, elle n’avait plus aucun repère, elle se sentait perdue. Rose la berça doucement, jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Elle se leva et portant la petite fille, elle retourna dans la chambre qu’elle louait, à quelques rues de là.

« Maman, maman, je suis venue te voir, ils m’ont laissé le droit de venir !

- Qui êtes vous, je ne vous connais pas, n’est ce pas ?

- Mais … maman .. c’est Lily, c’est moi.

- Lily , Lily, oh comme c’est amusant, tu as le même prénom que ma petite fille.

- Mais c’est moi, maman ! C’est moi ta fille.

- Mais non, voyons ne soyez pas ridicule, elle est dans mes bras ma Lily, regardez comme elle dort paisiblement… Oh quel ange ! Elle est si mignonne. »

Dans ses mains, elle tenait une poupée de chiffons, elle la serrait contre elle comme une enfant, rajustant sa petite robe, recoiffant sa chevelure de fils grossiers. Elle chantonnait une petite berceuse, souriant affectueusement. Lily recula de plusieurs pas, puis s’enfuit en courant. Les larmes n’arrivaient même pas à couler tant elle se sentait mal comme si un poids reposait sur sa poitrine, elle était orpheline. Sa mère l’avait oubliée.

 La fillette se réveilla en sursaut, elle était allongée sur un lit, dans une petite pièce, une bougie était allumée sur la table branlante qui se trouvait contre le mur gauche. Rose était assise sur une chaise, elle redressa la tête et lui sourit. Elle se leva et lui apporta un bol empli à ras bord d’un liquide chaud, à l’aspect peu appétissant que Lily but néanmoins. Elle fut étonnée de constater que c’était plutôt bon, de plus cela faisait presque trois jours qu‘elle n’avait rien avalé, elle aurait mangé n’importe quoi. La jeune femme la resservit, la petite fille continua de se nourrir de ce breuvage étrange, et lorsqu’elle fut rassasiée, elle reposa le bol et remercia vivement sa protectrice. Celle-ci répondit par un petit rire doux et chaleureux. Ces quelques moments de repos et de calme étaient précieux, ils étaient les seuls depuis si longtemps. Elle avait l’impression que cela faisait des années que son esprit n’avait pas été autant en paix. Elle se rendormit d’un sommeil cette fois-ci sans aucun rêve, tendre et bienveillant.

 Rose s’habilla, elle devait partir travailler pensa-t-elle avec lassitude. Sa robe déchirée mise, elle se regarda dans le petit miroir brisé accroché à un mur, elle n’était pas belle à voir, mais cela ne dérangeait pas les clients, ils s’en moquaient bien de la tête qu’elle avait, ils étaient eux-mêmes bien aussi laids. Elle sortit dans la rue, frissonnant à cause du froid, elle rejoignit l’avenue principale et attendit, faisant quelques pas pour se réchauffer, un homme arriva, lui fit signe de loin, résignée, elle le suivit.

 Errian errait depuis plusieurs heures déjà, son esprit était torturé par ce que lui avait dit Lily, il ne comprenait pas, c’est comme si elle avait vu en lui toutes les souffrances qu’il endurait, elle avait prononcé ces mots d’une voix si douce, elle voulait apaiser son chagrin peut être, mais elle ne le pouvait pas, Rose était morte, personne ne la lui rendrait. Il frappa du pied contre le sol et s’agenouilla. Ils s’étaient dit qu’un jour ils monteraient à la surface pour admirer le blanc de la neige et jouer dedans, sentir sa fraîcheur, le souffle du vent contre leur peau, la caresse du soleil. Ce devait être beau là haut, parfumé de l’odeur des fleurs. Il se demandait à quoi cela pouvait ressembler, il n’en avait jamais vues, cela devait être si merveilleux, cela devait lui ressembler… Mais elle n’était plus là, elle lui manquait tant, si seulement elle revenait…

Il se redressa, regardant vers le haut la Paroi de pierre, si haute, si grise, briseuse de rêves et d’espoirs. Les espoirs d’un fou se dit-il amèrement, un pauvre fou égaré. Il ne ressentait pas de remords pour toutes les horreurs qu’il avait commises, il possédait un unique regret, celui d’être tombé alors qu’il courait pour la secourir, s’il n’avait pas glissé, peut être serait-il arrivé à temps, peut être serait elle toujours là , près de lui. Il se surprit à penser à sa silhouette, à la courbe de ses hanches, au traits purs de son visage, à la douceur de ses lèvres délicates. Il chassa ses images de son esprit, serrant le poing. Il continua son chemin, un des malfrats qui travaillait pour lui vint le solliciter pour une querelle entre voyous, il le renvoya brusquement, le menaçant de l’étriper s’il l’importunait encore une fois.

Perdu, seul, de plus en plus transi de froid, il continua d’avancer, sans but, il espérait la voir au détour d’une rue, comme par hasard, la prendre dans ses bras et ne plus jamais se séparer d’elle comme il l’avait promis. Il repensa à cette prostituée qui lui avait présenté Lily. Pauvre fille, elle vendait son corps pour survivre, et il avait cette impression désagréable qu‘elle voulait le séduire. Il sourit méchamment en revoyant son visage hideux, il aimait la blesser de ces mots si cruels qu’il lui envoyait à la figure, son pauvre œil gris se remplissant de larmes, le suppliant du regard. Il haussa les épaules, désireux de ne plus penser à rien, il rentra à la taverne, se disant que dormir lui permettrait d’oublier cette journée étrange où tout semblait vouloir lui échapper.

Ecrit par parasitemort, à 20:02 dans la rubrique "Parmi les fous" - Mise à jour : Mercredi 7 Septembre 2005, 21:27.

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Jeudi (11/08/05)

Parmi les fous : chapitre 7 : Romance d'hiver

(retour de vacance...)

3013, en bas.

Il faisait froid ce matin là, c’était l’hiver en haut, il neigeait mais cela ils ne le savaient pas car le ciel n’existait pas ici, pas plus que le vent ou les nuages. Errian était assis par terre sur le rebord défoncé d’un vieux trottoir usé, il s’impatientait. Cela faisait deux ans qu’il attendait ce jour, dès qu’il l’avait vue, il l’avait aimée, si fragile et si forte à la fois, belle à en mourir, il se serait tué pour elle, aujourd’hui ils avaient rendez vous, il voulait l’épouser. Mais le temps continuait de s’écouler, et elle ne venait toujours pas, il compta dix, puis vingt minutes sans que rien ne se produise, pas un mouvement dans la rue sombre, pas un bruit n’éveilla son attention. De plus en plus inquiet, il demeurait là, sans avoir que faire. Soudain, il y eut un cri, le jeune homme se retourna, et reconnaissant la voix de Rose, il accourut aussi vite qu’il le put. Dans sa précipitation, il glissa et tomba à terre, il se releva précipitamment et continua sa course effrénée. Les appels à l’aide redoublèrent d’intensité, le guidant vers elle.

Mais lorsqu’il arriva, il était trop tard, elle était là , étendue sur le sol, du sang partout autour d’elle, figé, il contempla la scène sans pouvoir esquisser un mouvement. Cela ne pouvait pas… non… ce n’était pas possible, pas elle… pourquoi elle ? Dans l’obscurité, il la vit bouger, se redresser avec difficulté, plein d’espoir il s’approcha d’elle, elle était dos à lui, il posa sa main sur son épaule et murmura quelques mots réconfortants, pleins d’amour, terrifié par la flaque rouge qui s’étendait toujours. Elle se retourna, il cria, son visage était ensanglanté, son œil gauche avait été à moitié arraché, elle voulut parler, lui toucher la joue pour le rassurer, mais il était devenu à moitié fou, il la repoussa avec violence, se releva avec hâte et s’enfuit en courant. Elle resta sans mot dire, tremblante, puis épuisée, elle s’évanouit.

Errian courrait le plus vite possible, s’éloignant à toute vitesse du corps de celle qu’il avait aimée. Les pensées se précipitaient dans son esprit, contradictoires, l’image de sa figure pleine de sang et de blessures lui hantait l’esprit, le froid mordant lui faisait perdre la raison, égaré, il ne savait plus ce qu’il faisait, ni où il allait ou ce qu’il fuyait. Il essayait de se convaincre que ce n’était qu’un cauchemar, qu’il se réveillerait bientôt et qu’il verrait son visage doux lui sourire et l’embrasser. Elle ne pouvait pas être devenue un de ces monstres horribles, [i]non, c’était impossible, jamais, elle n’était pas folle, lui non plus, il l’aimait, elle n’était pas un monstre, non pas elle[/i]. Il s’arrêta enfin, à bout de souffle, et s’effondra lourdement sur le sol. Il ne reprit connaissance que deux jours plus tard, l’esprit brumeux et désorienté. Il se dirigea aussitôt dans la ruelle où il l’avait trouvée, désireux de vérifier si tout cela n’avait pas été une mauvaise hallucination. Elle n’était pas là, mais il restait des traces de sang, un peu partout, s’éloignant dans une rue adjacente . Il les suivit et arriva rapidement dans la taverne où ils aimaient aller ensemble, même si elle était malfamée, ils s’étaient toujours senti bien là, en sécurité.

Il entra, s’approcha du gérant et demanda si Rose se trouvait ici, l’homme grimaça, puis lui indiqua le premier étage et l’y accompagna. Devant la prote de la petite chambre, Errian hésita un instant, puis entra, il faisait sombre dans la pièce, il y avait un lit où était alitée une personne. On alluma une bougie, la jeune femme qui se tenait allongée se redressa. C’était Rose. Non, ce n’était pas Rose, ce n’était pas vrai, pas elle… Une immense cicatrice barrait son visage, elle esquissa un sourire ce qui la rendit plus affreuse encore, lui prit la main, il la rejeta brusquement.

 Elle murmura d’une voix faible : « Errian, je suis heureuse …. de te voir … désolée … j’aurai voulu … » Il hurla pour la faire taire, la frappa pour qu’elle ne dise plus un mot, il sortit son poignard et alors qu’il allait se jeter sur elle, le tavernier s’interposa , la lame se planta dans sa main, arrachant la chair et la peau, il cria de douleur et recula de plusieurs pas. Hébété, Errian contempla la scène, il la vit effrayée, si monstrueuse, défigurée, il se mit à pleurer et ivre de colère, il l’insulta, la jeta à terre, l’accusant de lui avoir volé celle qu’il aimait, de l’avoir emprisonnée, elle essaya de répondre, de lui expliquer, mais il n’écoutait pas, il avait changé de monde, il ne voyait que la cicatrice encore rouge, qui la rendait si différente. Elle éclata en sanglots, il continua de s’acharner sur elle, la battant à mort. Quand elle perdit connaissance, il cessa, puis il partit. Il marcha longtemps sans but, alors tout était vrai…

Son cœur battait à exploser, les larmes continuaient de rouler sur ses joues, il avait tout perdu, il ne lui restait plus rien, le vide dans sa poitrine était insupportable. Ils s’étaient promis de rester ensemble à jamais, de veiller l’un sur l’autre, il avait échoué, elle était partie. Elle ne reviendrait pas, il était seul. Il ne savait où aller, ni que faire, il erra sans but durant des jours, comme un fantôme. Au fil du temps, la haine remplaça sa tristesse et sa terreur, il eut envie de se venger de ces fous qui lui avaient volé tout ce qu’il possédait de plus précieux, apprivoisant sa rancune, il la transforma en courage et en colère, la nuit, il se promena dans la rue et rencontrant une femme au hasard, il se jeta sur elle et la blessa pareillement à Rose, il recommença les soirs suivants pendant une semaine, mais sa douleur n’était pas apaisée, alors il les tua, se sentant de plus en plus malheureux, se haïssant lui même.

Presque un mois s’écoula ainsi, de pauvres filles de joies mourraient, assassinées, pendant qu’il continuait son œuvre. Un jour, il se rendit à la taverne, elle était là. Elle vint vers lui timidement, il resta de marbre, regardant à travers elle sans ciller. Hésitante, elle commença :
« Errian, est-ce que ça va ? je suis désolée, ce sera dur, mais…
- Qui es tu ?
- Je suis Rose, voyons … Errian, tu…
- Non, tu n’es pas Rose, Rose est morte il y a plus d’un mois.
- Mais …

Il fit volte face et s’en alla, il n’y avait plus rien ici, rien qui vaille la peine de vivre ou de mourir, de sourire ou de souffrir, rien. Qu’est-ce qui le retenait à présent ? Il s’éloigna et disparut rapidement dans l’obscurité. Rose resta sans bouger, la bouche entrouverte, et d’une voix presque inaudible, elle murmura « mais je t’aime … ne pars pas… attends … je t’en prie … je t’aime … » Elle s’effondra sur le trottoir et fondit en larmes, désespérée.

Ecrit par parasitemort, à 21:21 dans la rubrique "Parmi les fous" - Mise à jour : Mercredi 7 Septembre 2005, 21:27.

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